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L'assassinat de Marat
13 juillet 1793

Trois versions d'un meurtre...
ou les migrations d'un poignard

Niveau lycée

par Patrick Garcia
maître de conférences en histoire à l'IUFM de l'académie de Versailles

Le 13 juillet 1793, Marat est assassiné par Charlotte Corday, une jeune fille âgée de 25 ans, issue de la petite noblesse normande et proche des Girondins. Aussitôt, Marat est considéré comme un martyr de la Révolution et son corps transféré au Panthéon. Le juste, épris de vérité, L'Ami du peuple - selon le titre de son journal - le martyr de la liberté, tel est le Marat que David choisit de représenter. Mais Marat n'est pas, loin s'en faut, une figure consensuelle. Associé à la Terreur, à laquelle il ne cesse d'appeler, sa dépouille est retirée du Panthéon aux lendemains de la chute de Robespierre. Commence alors un combat autour de la mémoire de Marat qui se noue en variations sur la représentation inaugurale de David.


  Le tableau peint par David s'inspire de la représentation traditionnelle des martyrs chrétiens et ne prétend à aucun réalisme. Le meurtre n'est pas "raconté", seul le martyr a droit à l'attention de l'artiste.
La plume et la lettre témoignent de l'engagement de Marat, son visage est serein et apaisé à l'image de sa conscience. Aucune trace de combat ne vient trahir la moindre résistance, ce qui montre qu'il a été assassiné par traîtrise.
Le couteau est à terre, comme les instruments du supplice dans les représentations religieuses et laisse voir la plaie béante dont peu de sang s'écoule.
Par sa sobriété, l'épitaphe "A Marat. David" renforce la dimension sacrée de cette scène. Charlotte Corday, la meurtrière, quant à elle, est absente. Elle n'est présente qu'au travers du couteau abandonné, de la plaie et de la ruse - la lettre - qui lui a permis de trahir la confiance de " l' Ami du peuple ".
Marat assassiné
Jacques Louis David
(1748-1825)
1793

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
© photo RMN G Blot
   

 

  Le tableau de Baudry, réalisé sous l'Empire, s'inspire, comme en témoigne la couleur verte du drap qui recouvre la baignoire, de celui de David auquel il répond. Toutefois, Baudry inverse la signification du tableau de David.
Cette fois, Marat ne meurt plus de la mort du martyr. Il s'est débattu : les draps sont en désordre, la chaise est renversée et sa main est encore accrochée à la paroi de la baignoire comme pour marquer le refus du châtiment. Son visage n'est plus celui serein du saint, éclairé par la rectitude sa vie et des ses actes, mais il est traversé par un rictus qui le défigure. Le couteau toujours figé dans sa chair est l'instrument de la justice. Charlotte Corday, qui est cette fois-ci représentée, est rayonnante comme la justice. Son visage est baigné de lumière alors que celui de Marat est laissé dans l'ombre. Son regard est fier et déterminé, sa posture altière. Elle incarne la France comme le montre la carte qui se trouve derrière elle. Pour Baudry, elle est sans conteste l'héroïne. Elle n'est plus une meurtrière mais une manifestation de la justice, un archange vengeur qui vient de terrasser le démon.
Charlotte Corday
Paul Baudry
(1826-1886)
1858

Musée des Beaux-Arts de Nantes
© photo RMN G Blot
   

 

  Le tableau de Weerts date des premiers temps de la IIIe République (c'est en 1880 que le 14 juillet devient fête nationale). La scène représentée participe du combat engagé autour de la mémoire de la Révolution française. Dans le tableau de Weerts, Marat retrouve la posture du martyr. Tel un Christ de la Contre-Réforme, il présente un corps décharné et souffrant. La main sur le cœur indique qu'il est bien la victime. Mais son esprit, véritable flamme de la liberté, comme le suggère la lampe à huile, est toujours vivant. Charlotte Corday, quant à elle, est désignée comme la meurtrière. Coincée à l'angle de la pièce, elle tient encore l'arme du crime. Surprise, sur les lieux du crime, prise en flagrant délit, elle semble pétrifiée, atterrée. Elle ne présente plus la noble détermination de la représentation de Baudry. Elle est même enlaidie, ces cheveux sortent par mèches coagulées de sa coiffe. Les personnages, qui font irruption dans la pièce et figurent le peuple (sans-culottes, gardes nationaux, femmes…), la désignent à la vengeance du peuple. Le cri d'amour à l'égard de Marat suscite le cri de haine à l'encontre de Charlotte. Le crime provoque colère et effroi.
L'assassinat de Marat
Jean-Joseph Weerts
(1847-1927)
vers 1880

Musée d'Art et d'Industrie de Roubaix
   

 

 

Exercices

1 Le Marat de David
De quelle tradition picturale s'inspire David pour représenter Marat assassiné ?
Que met-il en avant en montrant celui-ci muni d'une plume et tenant encore la lettre de Charlotte Corday ?
Quelle impression procure son visage ?
Pourquoi le couteau est-il à terre ?
Quel sentiment se dégage de cette scène ?

2 Le Marat de Baudry
Quel est le régime politique de la France en 1858 ?
Quels sont les éléments repris du tableau de David ?
Quels changements Baudry introduit-il ?
Pourquoi montre-t-il des traces de lutte ?
Compare le visage de Marat peint par Baudry et celui de David. Sont-ils semblables ?
La façon de représenter le visage influe-t-elle sur la vision de Marat ?
Pourquoi faire figurer une carte de France derrière Charlotte Corday et laisser le couteau ainsi planté dans le corps de Marat ?
De Marat ou de Corday qui est le héros de ce tableau ?


3 Le Marat de Weerts
Quel est le régime politique de la France en 1880 ?
Compare les représentations de Marat et de Charlotte Corday avec celles du tableau précédent ?
En quoi la façon dont ils sont dépeints modifie-t-elle leur perception ?
Pourquoi faire tenir le couteau à Charlotte Corday ?
Que signifie la lampe à huile placée au-dessus du corps de Marat ?
Pourquoi Weerts brise-t-il le face-à-face entre Marat et Corday ?
Que représentent les personnages qui font irruption dans la pièce ?
De Marat ou de Corday, qui est le héros de ce tableau ?


Conclusion
À partir des trois tableaux, quel est l'enjeu de ce cycle de représentations ?
Que nous apprend-t-il sur la mémoire de la Révolution française au XIXe siècle ?

 

Bibliographie


Bonnet Jean-Claude (dir.), La mort de Marat, Paris : Flammarion, 1986
Garrigues Jean, Images de la Révolution, Paris : Du May / BDIC, 1988
Guilhaumou Jacques, 1793. La mort de Marat, Bruxelles : Complexe, 1989
Sahut Marie-Christine, Michel Régis, David, l'art et la politique, Paris : Gallimard, 1988 (Découvertes)
Vovelle Michel, La Révolution française, Images et récits, 5 vol., Paris : Messidor/Le livre club Diderot, 1986

 

Sites à consulter


L'Histoire par l'image 1789-1939 (Ministère de la Culture)
www.histoire-image.org/index.php

Agence photographique de la Réunion des Musées nationaux
www.photo.rmn.fr
http://www.photo.rmn.fr/fr/bi/search.vep?aur_offset_rec=10&tous=Marat&rpp=9

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
www.fine-arts-museum.be
http://www.fine-arts-museum.be/site/asp/Oeuvre_details.asp?ID=48

Université d'Indiana (Etats-Unis) très riche en images
www.indiana.edu/~fritciv/html

Histoire géographie et patrimoine ; un site pour l'enseignement secondaire créé par Sylvain Weisse
perso.wanadoo.fr/sylvain.weisse/mortds/morsp.htm
avec une très bonne page sur Marat assassiné :
http://perso.wanadoo.fr/sylvain.weisse/marat/maratpa.htm

 


Pour tous renseignements, propositions ou remarques à propos de ces pages, écrire à :
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