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Appel à contributions
Les précédentes Rencontres ont abordé des questions centrales pour traiter des finalités de l'enseignement de la littérature : les corpus, le choix des littératures, la langue et les valeurs (Louvain 2007, Bordeaux 2008, Sousse 2009, Genève 2010). Dernièrement, ce sont les transformations de l'école et de la formation, liées aux mutations sociales, politiques et économiques qui ont été au cour des débats (Rabat 2011). Or il nous semble que ces différents aspects sont à mettre en relation.
En effet, face aux changements, à la perte supposée des repères et des valeurs, à la difficulté à ouvrir le champ à d'autres littératures, les discours officiels se réfugient derrière le patrimoine littéraire comme “pilier”, comme valeur à transmettre, comme élément de fondation d'une culture commune. - N'est-ce pas opposer les mouvements de la modernité à un enseignement du patrimoine littéraire qui serait gage de permanence et de stabilité ?
Les 13es Rencontres vont donc s'attacher à questionner la notion de patrimoine littéraire, à travers sa constitution et sa transmission par l'école ainsi qu'au regard des valeurs qu'il véhicule et des tensions suscitées.
- Tout d'abord, l'usage de la notion de patrimoine dans l'univers scolaire, comme fondateur de catégories littéraires plus ou moins explicites (Louichon 2007), nécessite d'être analysé. Par cette fonction de catégorisation, l'école opère un processus de légitimation (Aron et Viala 2005) qui à travers l'institution d'un canon exclut un certain nombre d'ouvres (Schaeffer 2011). - Cette opération, fondatrice, mérite d'être interrogée à son tour, d'autant que la notion de patrimoine, ce “ lieu de mémoire ”, est corrélée à un mouvement de patrimonialisation (Nora, 1986) qui ne s'arrête sans doute pas au seuil de l'école. - Par ailleurs, la constitution du patrimoine se réalise dans des supports matériels (notamment les manuels et ouvrages scolaires) dont le rôle est moins souvent évoqué et qui, cependant, sont au cour de l'institution et de la préservation de ce patrimoine (Choppin 2008, Chartier et Hébrard 2000). Enfin, ces différentes notions, ces objets, ces supports, ces catégories ont varié dans l'espace et le temps, selon les pays et les époques et en fonction des finalités assignées à l'éducation (Chervel 2006).
La question des patrimoines littéraires scolaires, de leur fabrication, de leur transmission et de leur conservation est centrale dans toute réflexion sur la didactique de la littérature (Daunay 2007). - Elle a déjà été posée, sous différents aspects, au cours de colloques ou séminaires (Arras, novembre 2009).
Aujourd'hui, dans un contexte éducatif particulier et dans une visée internationale, il semble nécessaire, dans le cadre de l'enseignement de la littérature, de l'aborder, en croisant les problématiques.
Il convient tout d'abord d'essayer de circonscrire plus précisément la notion elle-meme, en tant que construction culturelle et idéologique, avant de reposer la question en termes de patrimonialisation et de patrimoines - au pluriel cette fois.
- En effet, ce sont bien des patrimoines qui permettent la constitution de sujets sociaux et scolaires,
en transmettant des valeurs, des savoirs (Manesse 1995). Visant a faciliter la constitution de cultures partagées dans des espaces nationaux, ils en sont à la fois les gardiens et les principaux objets. Or ces cultures, ces ensembles de valeurs, ont changé selon les époques et varient selon les pays. - L'observation des pratiques et des supports facilite la connaissance du rôle et des usages des patrimoines littéraires qui ne peuvent etre étudiés en dehors des contextes dans lesquels ils sont élaborés.
Il convient également d'interroger la fonction de transmission des patrimoines dévolue a l'école - et de savoir de quelle nature est cette transmission, quels en sont les moyens, les supports matériels et surtout les finalités. - Là encore, des variations existent, et l'on peut par exemple se demander si le patrimoine transmis est le meme pour toutes les filières scolaires et à tous les niveaux.
Enfin, réfléchir aux patrimoines littéraires nécessite de s'intéresser aux phénomènes d'exclusion et aux corpus illégitimes (ou “ illégitimés ” ?), qui connaissent des évolutions inégales selon les époques et les espaces. - Si la “ paralittérature ”, la littérature de jeunesse, et certains corpus francophones, par exemple, sont entrés dans les programmes scolaires ces dernières décennies, cela ne signifie pas pour autant que leur place et leur statut soient exempts de tensions et de polémiques. - Les usages scolaires des patrimoines littéraires produisent ainsi des tensions entre intégration et exclusion, culture commune et variations sociales.
Ces différents points conduisent à s'interroger sur les sens que l'on peut donner à la notion de patrimoine littéraire ainsi qu'aux patrimoines littéraires tels que l'école les institue et en assure la préservation - sur les valeurs véhiculées par ces patrimoines - sur les raisons des choix effectués par l'école - sur les corpus et les supports qui en permettent la transmission - sur les choix culturels mis en jeu ; enfin sur les lecteurs et les lectures institués par ces patrimoines. Ces questions ouvrent de larges perspectives de recherche et nécessitent des approches synchroniques, diachroniques et comparatistes.
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